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Le biologiste
L'égalité des chances pour tous
par GREGORY STOCK

Gregory Stock est chercheur à UCLA (université de Californie à Los Angeles).

Comment pouvez-vous être aussi sûr que les parents demanderont des «améliorations génétiques» pour leurs enfants? On dirait de la science-fiction.

Pour le moment, c'est de la science-fiction. Mais, historiquement, les parents ont toujours fait tout ce qui était en leur pouvoir pour leurs enfants. Quand il sera possible de faire des «modifications germinales» (Ndlr : sur l'embryon), ils le feront. Une enquête internationale a montré qu'une large minorité y était prête. Si les parents pensent que leurs enfants peuvent vivre plus longtemps et être en meilleure santé, ils le feront. Beaucoup de gens pensent que cette technologie peut les aider, de même que beaucoup de gens utilisent le Viagra. Si c'est sans risque, des parents le feront. Que ce soit légal ou illégal. Si un couple part passer de merveilleuses vacances dans les Caraïbes et qu'au retour, la femme est enceinte, que peut faire le gouvernement? Un test génétique? Et ensuite? Il sera très dur de réguler sans tomber dans le totalitarisme. Si ces technologies sont illégales, elles ne seront accessibles qu'aux riches qui ont les moyens d'aller dans les Caraïbes.

Quand l'amélioration génétique se fera-t-elle?

Pour qu'elle se fasse, il faut deux choses. D'abord une technologie sûre et fiable, pour apporter les modifications génétiques. Ce sera forcément basé sur le chromosome artificiel qui existe déjà chez la souris et pourrait être utilisé chez l'homme d'ici à vingt ans. Ensuite une modification qui vaille vraiment le coup, quelque chose dont les parents disent: «Il me faut absolument ça pour mes enfants. Par exemple, reculer le vieillissement, mais aussi tout ce qui est aujourd'hui du domaine de la chirurgie esthétique.

Certains pensent que nous avons droit à un héritage génétique non altéré.

Mais on intervient déjà dans le pool génétique quand on soigne des diabétiques qui seraient morts et qui ont maintenant des enfants! Ou quand on utilise la contraception. Et on ne se pose pas de questions. Ce qu'il faut espérer, c'est que les gens feront des choix avec sagesse. Il faut que ça ne nuise pas à l'enfant. Et puis un «héritage génétique non altéré» n'est pas bon en soi: la génétique peut être très cruelle. Le plus sûr est d'utiliser ces technologies dès le début, quand seulement peu de gens y auront accès. Ce seront des gens riches, bien informés, volontaires. Et s'il y a un problème, il touchera seulement les gens directement concernés. Il n'y aura pas de victimes parmi les passants innocents.

Il faut que l'Etat reste en dehors de tout ça. Ceux qui prennent la décision doivent être ceux qui en supportent les conséquences : pas les politiques ni les juges, mais les parents. Le meilleur moyen de prévenir les abus est d'autoriser les gens à faire ce qui a un sens pour eux. Et puis, au début en tout cas, on se contentera de rendre intelligents les gens bêtes et beaux les gens laids. Une façon de donner l'égalité des chances à tous. Le contraire de création d'une élite. A cause d'un cauchemardesque passé d'eugénisme, il y a beaucoup de peurs, en Europe en particulier. Mais ce n'est pas tenable: si une technologie est disponible, les gens la voudront.

Pas tous ?

Je pense qu'il y aura des conflits, encore plus violents que sur l'avortement. Il est question de modifier ce que ça signifie d'être humain. Pour les uns, cette technologie permet de transcender les limites humaines. Ce que l'humanité a toujours essayé de faire. Pour les autres, elle représente une invasion de l'inhumain. Une attaque contre tout ce que les hommes ont obtenu de haute lutte.

Certains veulent maintenir la vie telle qu'elle est aujourd'hui. Mais je suis confiant : il n'est pas nécessaire de protéger les gens de la génétique. Ils sauront prendre les bonnes décisions. Je n'aurais pas aimé que mes grands-parents m'empêchent de prendre des décisions sur la FIV ou les ordinateurs. Je ne suis pas inquiet à l'idée de laisser ce genre de décision aux gens de demain.

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